Current Size: 100%

Blogue

Des super-héros en classe : Growing Chefs!

Posted by on septembre 19th, 2014 under General

Les élèves des écoles primaires de Vancouver (Colombie-Britannique) ont de fortes chances de voir leur enseignante ou leur enseignant remplacé par un chef cuisinier à veste blanche au moins un après-midi par semaine, durant quelques mois. En sa compagnie, ils pourront jouer dans la terre et semer des graines, les arroser tous les jours, les voir germer et les encourager à grandir. Puis, ils pourront manger le fruit de leur travail.

Tout cela grâce à Growing Chefs, un organisme local à but non lucratif qui s’est donné pour mission de faire découvrir les systèmes alimentaires durables aux enfants. Pour aborder un sujet aussi complexe, l’organisme privilégie les gestes qui aident les enfants à faire des liens entre un sol sain, des aliments sains et des gens en santé. Et ça fonctionne! Les cuisiniers bénévoles se rendent compte que les enfants sont absolument ravis de les voir. Un d’entre eux affirme même avoir l’impression de porter un costume de Spiderman chaque fois qu’il entre dans la classe.

Growing Chefs voit sans cesse des enfants se transformer en adeptes inconditionnels du chou frisé alors qu’ils étaient jusque-là incapables de voir un légume. Merri Schwartz, la fondatrice, ne pouvait rien imaginer de plus enrichissant que d’enseigner aux enfants les vertus des aliments biologiques. Elle a pris quelques moments pour nous faire part de l’inspiration qui nourrit Growing Chefs. Maintenant que nous savons à quel point ces enfants s’amusent, nous sommes prêts à retourner à l’école!

Nature’s Path – Qu’est-ce qui vous a poussée à fonder Growing Chefs et à enseigner aux enfants la culture des aliments biologiques?

Merri Schwartz – Il y a près de dix ans, je travaillais comme pâtissière et chocolatière professionnelle. Dans le milieu de la haute gastronomie, nous avions d’excellentes relations avec les cultivateurs locaux et des liens privilégiés avec le système alimentaire local. Les chefs cuisiniers possèdent des trésors de connaissances, mais il faut travailler avec eux en cuisine ou entrer dans un restaurant gastronomique pour en profiter. Il n’existe aucune voie de transmission vers la collectivité. Cette prise de conscience m’a convaincue qu’il fallait mettre les cuisiniers en contact avec les enfants afin qu’ils leur transmettent leurs connaissances.

NP – Vous avez grandi auprès de parents qui insistaient pour cultiver leurs propres aliments biologiques. À quel point cette expérience a-t-elle influencé la fondation de Growing Chefs?

MS – J’ai effectivement bénéficié de cette expérience, mais elle n’est pas donnée à tous. Il n’y a rien de plus énergisant que de manger un aliment qu’on a soi-même cultivé. Le simple fait de le porter à la bouche est une expérience incomparable. Je tiens souvent mes antécédents pour acquis, ou du moins je les tenais pour acquis jusqu’à ce que je devienne pâtissière. C’est alors que j’ai compris à quel point les compétences ce que je possédais depuis l’enfance étaient spécialisées. Même des techniques comme la fabrication de confitures et la mise en conserve. Je les avais apprises enfant, et je croyais que tout le monde les connaissait. Quel choc de réaliser que ce n’était pas le cas!

Quand j’étais petite, ma mère me donnait des ciseaux et me demandait d’aller chercher de la salade. Je cueillais de la laitue, des haricots et des tomates réchauffées au soleil. Je crois que la motivation nous vient de l’expérience, et c’est pourquoi Growing Chefs fonctionne de cette manière.

NP – Avez-vous constaté l’efficacité de cette approche basée sur l’expérience?

MS - Absolument. Les enfants touchés par des troubles du spectre de l’autisme réagissent tellement bien à ce genre d’apprentissage pratique. Nous recevons énormément de commentaires. Les enfants sortent de leur isolement et se plongent les mains dans l’activité. C’est difficile d’exprimer à quel point c’est important.

 
NP – Racontez-nous votre première expérience en classe.

MS – En fait, j’étais terrorisée! La classe pilote regroupait des enfants de première, deuxième et troisième années. Tous ces enfants me regardaient avec curiosité… au bout du compte, ce fut une expérience totalement emballante pour moi (et pour la plupart de nos bénévoles). J’avais oublié cette énergie, cette fascination et cette joie d’apprendre qu’ont les enfants. Avant de commencer, on s’inquiète de ne pas avoir prévu suffisamment d’activités pour les tenir occupés, mais le plaisir prend vite le dessus. À cette étape de leur apprentissage, les enfants sont de véritables éponges, prêts à tout découvrir.

NP – Comment les enfants ont-ils réagi à ces premières leçons?

MS – La classe pilote devait faire pousser de la roquette. Le premier jour, nous avons demandé qui avait déjà mangé de la roquette. Sur 40 élèves, seule une petite fille dont les parents étaient italiens a levé la main. La plupart des autres avaient peur d’y goûter. À la fin du programme, ils en redemandaient. En rentrant à la maison, ils en demandaient à leurs parents. C’est là que j’ai su que notre projet avait une réelle importance.

NP – Allez-vous encore en classe?

MS – J’y vais une ou deux fois par année, pour me rappeler le plaisir d’enseigner et pour voir nos nouveaux cuisiniers bénévoles à l’action. Un de mes objectifs était de donner une voix aux chefs cuisiniers et de les aider à prendre conscience de la contribution qu’ils peuvent apporter à la collectivité. Les cuisiniers sont réticents à admettre le rôle qu’ils peuvent jouer dans une collectivité durable.

NP – Le programme vous a-t-il réservé des surprises?

MS – Bien sûr. Nous demandons souvent aux enfants d’apporter quelques-uns de leurs légumes préférés de la maison. Parfois, cela se limite aux carottes, mais il arrive que des enfants d’origine ethnique différente nous apportent des légumes que nous n’avons jamais vus. C’est là que l’enseignement devient vraiment intéressant, quand il prend la forme d’un échange : ce sont les enfants qui nous enseignent.

NP – Selon vous, qu’est ce qui explique le succès de Growing Chefs dans le milieu de l’éducation alimentaire?

MS – Certainement le côté amusant de ce que nous faisons. Bien sûr, le but de tout cela est de créer un système alimentaire durable et d’enseigner aux enfants les bienfaits de la culture biologique, mais nous avons tellement de plaisir! Les enfants s’amusent et sont motivés. Je crois que ce qui nous distingue, c’est le plaisir que nous prenons à enseigner.

NP – Les enfants à qui vous enseignez ont-ils une certaine connaissance des aliments et de leur culture?

MS – Tout dépend. Le niveau de conscience varie beaucoup d’une classe à l’autre. Certains élèves ne savent même pas que les légumes poussent dans la terre. Pour nous, c’est une occasion de leur présenter quelques concepts simples : l’importance des aliments sains, la culture durable et les avantages des aliments biologiques pour la terre. Ils peuvent en apprendre beaucoup.

NP – Qu’est-ce que vous espérez que les enfants retiennent de cet apprentissage?

MS – Même s’ils oublient les détails, nous souhaitons qu’ils retiennent une chose : « Je peux faire pousser mes propres aliments », même en ville. Des années plus tard, lorsqu’ils envisageront d’aménager un petit potager et prendront leurs propres décisions alimentaires, ils auront les outils pour le faire.