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Tortues, dauphins et… aras rouges?

Posted by on août 18th, 2014 under General
Rassemblé sur une plage tranquille du Costa Rica, notre groupe de biologistes amateurs attendait anxieusement de s’embarquer pour explorer les eaux calmes du Golfo Dulce à la recherche de tortues de mer, dans le cadre d’un projet de recherche local. Tout à coup, un cri strident est venu briser le silence, tandis que deux aras rouges surgissaient, leur couleur vive presque éblouissante contre le bleu clair du ciel. Le cri rauque de cet oiseau spectaculaire allait devenir la bande son de notre exploration de la péninsule d’Osa, qualifiée de « lieu à l’intensité biologique la plus forte sur la planète » par National Geographic.
 
Tout en navigant vers le nord sur le golfe imperturbable, les membres de notre groupe se sont enduits de crème solaire et ont préparé leur appareil photo. Après une vingtaine de minutes, les bateaux se sont arrêtés et les chercheurs de Latin American Sea Turtles (LAST) ont commencé à dérouler les filets et à les déposer dans l’eau, tandis qu’on voyait çà et là des tortues sortir la tête de l’eau pour respirer. Les filets sont conçus pour capturer les tortues de mer sans les empêcher de remonter à la surface pour respirer. Notre but était de capturer des tortues vertes et des chélonidés imbriquées qui se nourrissent dans le Golfo Dulce, d’évaluer leur état de santé et de recueillir des données à leur propos, avant de les relâcher dans l’eau.
 
Situé entre la péninsule d’Osa et la côte du Costa Rica, dans le Pacifique Sud, le Golfo Dulce est un habitat faunique extraordinaire. Parmi les espèces marines qu’il héberge figurent trois espèces de tortues de mer, deux espèces de dauphins, plusieurs espèces de baleines et des requins-baleines. Considéré comme l’un des cinq seuls fjords tropicaux qui existent dans le monde, le golfe est aussi l’un des seuls endroits où deux différentes populations de rorquals à bosse viennent se reproduire.
 
Lorsque tous les filets ont été descendus, quelques volontaires ont plongé dans l’eau pour démêler les sections de filet enchevêtrées. Puis nous sommes retournés patienter sur la plage. Après quelques minutes à peine, comme si elle avait attendu le signal, une grosse tortue verte mâle s’est prise dans le filet. Les chercheurs l’ont rapportée sur la plage, où notre groupe s’est empressé de se diviser les tâches de collecte de données : il fallait mesurer la carapace, le plastron (partie ventrale de la carapace) et la queue, tenir une serviette sur la tête de la tortue (pour qu’elle reste calme) et inscrire les données sur une fiche.
 
 
Après avoir remis la tortue à l’eau, les membres de notre groupe sont partis dans différentes direction pour explorer les environs. Pendant que certaines personnes jouaient dans l’eau, d’autres se baladaient sur le rivage, à la recherche d’aras et d’autres espèces sauvages. Au cours de la journée, nous avons capturé quatre autres tortues vertes et tous les membres du groupe ont eu l’occasion de contribuer aux travaux. Une des tortues, bien connue des chercheurs, est une femelle qui migre des îles Galapagos jusqu’au golfe chaque année. Les bancs de ruppie maritime et les mangroves constituent un habitat d’alimentation pour les tortues vertes et les chélonidés imbriquées, mais on ignore encore d’où viennent la plupart des tortues et où elles vont lorsqu’elles quittent le golfe.
 
Les activités du lendemain avaient lieu sur le site du projet de restauration de mangroves de LAST. Aligné sur le bord d’un bassin rempli de boue, le regard inquiet, notre groupe de bénévoles se demandait bien quelle tâche on allait lui confier. Le littoral du golfe compte un grand nombre de mangroves, mais plusieurs hectares ont disparu depuis quelques décennies. Or, les mangroves sont essentielles à la santé des espèces côtières, puisqu’elles protègent la côte de l’érosion et des tempêtes et qu’elles offrent un habitat de reproduction et de croissance aux poissons et autres petits animaux. À notre grand soulagement, nous avons appris que notre tâche consistait simplement à remplir des sacs de plastique de terre et à y semer des graines de palétuvier. Très efficace, notre petit groupe a rempli plus de 200 sacs avant de les passer au groupe suivant, chargé d’ensemencer.
 
Après quelques jours consacrés aux reptiles et aux arbres, nous nous sommes tournés vers les mammifères marins. En compagnie de chercheurs du Centro de Investigación de Cetáceos (CEIC, centre d’étude des cétacés), nous avons parcouru un différent secteur du golfe, à la recherche de dauphins à gros nez et de dauphins tachetés. Toutes les demi-heures, chaque personne devait recueillir des données sur les conditions météorologiques, la température de l’air et de l’océan et la hauteur des vagues. Nos deux bateaux se sont séparés afin de couvrir un plus vaste territoire et, après une heure environ, nous avons appris que l’autre groupe avait aperçu un grand banc de dauphins. 
 
Les dauphins tachetés vivent surtout dans les eaux profondes du milieu du golfe et se protègent en se déplaçant en banc. Nous avons observé une centaine de ces cétacés luisants qui se nourrissaient, nageaient ensemble et sautaient parfois en dehors de l’eau, tandis que nous notions leur comportement et prenions des photos, utilisées par la suite pour identifier les spécimens par leur nageoire dorsale. Nous avons fini par quitter ce banc pour gagner la côte, en particulier l’embouchure des fleuves, là où vivent habituellement les dauphins à gros nez. Effectivement, nous avons aperçu deux petits bancs de mères avec leurs petits. Il faut savoir que cette espèce de dauphins est plus solitaire que l’autre.
 
Au total, notre expédition nous a permis d’observer cinq tortues de mer, des dizaines d’aras rouges et plus d’une centaine de dauphins. Par l’intermédiaire de SEE Turtles, nous avons amassé près de 1 000 dollars au profit de la recherche sur les tortues de mer et les mammifères marins et de la protection de ces animaux, en plus de notre travail bénévole et des quelques milliers de dollars que nous avons investis dans les collectivités locales. Et nous sommes impatients de partager cette extraordinaire expérience avec les gagnants de l’Envirovoyage en mars prochain! 
 

Brad Nahill est directeur et cofondateur de SEE Turtle, une initiative à but non lucratif qui a amassé plus de 500 000 dollars pour la protection des tortues et l’aide aux collectivités locales, amené plus de 700 personnes à visiter les projets de recherche et sauvé plus de 100 000 bébés tortues au moyen de son initiative Billion Baby Turtles. 

EnviroKidz soutient les programmes éducatifs de SEE Turtle et Billion Baby Turtles depuis 2008 et attend avec impatience le moment d’envoyer trois familles chanceuses au Costa Rica pour aider à sauver les tortues de mer. Vous vous voyez déjà nager avec les tortues? Inscrivez-vous ici!
 

Photographie de Hal Brindley